femmes de fermes

 

J'ai emprunté ce livre à la biblio. 

La sujet me plaisait mais j'avais un peu peur de la façon dont il serait traité. Je ne suis pas fan des romans dit « de terroir » et j’avais peur que cela soit dans cette veine, une vision un peu « feuilleton de l'été ».

Mais ce n'est pas le cas, c'est une jolie compilation de témoignages, regroupés par thème et par chronologie : la vie d'une petite fille à la ferme jusqu'à la retraite.

Ces récit ont eu une forte résonance chez moi du fait de mon histoire familiale. Mes grand-parents étaient agriculteurs et parents d'une famille nombreuse (10 enfants), ma mère étant l’aînée.

Alors voilà, on se rends compte à quel point il y a encore 40 ans, la vie était dure pour des paysans moyens.

Ces femmes avaient une vie complètement dédiée au travail, elle bossait 12 h par jour (minimum de chez minimum) pour la ferme avec en plus, la famille à s'occuper et le travail de la maison .

Une réelle vie de labeur, avant la mécanisation des exploitations agricoles, avant que le confort entre dans les fermes. Du coup, c'était des journées de 17h minimum de travail. Et pas de WE, de repos,  on ramassait les carottes en ayant ses contractions, on accouchait et le soir, on allait traire les vaches …..

C'est aussi des conditions de vie particulières pour les enfants, élevés dans le culte du travail, mais aussi beaucoup livrés à eux même, devant très vite prendre leur charge de travail et la responsabilité pour les aînés du reste de la fratrie.

Ce livre remet les idées en place quant à une vision parfois idéalisée de l'agriculture et de la vie rurale. Ma mère fait partie de la génération de ruraux qui ont fuit la campagne, pendant qu'au même moment, des citadins rêvaient de cette vie et effectuait le fameux « retour à la terre ». Et honnêtement, je comprends ma mère d'avoir voulu une vie plus confortable pour elle et ses enfants. C'est sympa de rêver devant la petite maison dans la prairie mais le vivre, c'est carrément autre chose.

Certes les conditions de vie et de travail ont bien évoluées, on n'est plus paysan, ni fermier mais chef d'exploitation, les femmes ont souvent un travail à l’extérieur de la ferme et bien souvent, la ferme n'est plus qu'un lieu de travail et plus un lieu de vie. Cependant, cela reste une vie de labeur et il faut avoir une réelle passion pour choisir cette voie. 

Suite à ce  livre, j'ai parlé de tout cela avec ma grand-mère et comme je le pressentais, elle a confirmé ce que j'ai lu. Elle m'a raconté combien les journées étaient dures et prenantes, qu'elle faisait tout et que souvent, la nuit, au lieu de se reposer, elle sortait la machine à tricoter sur la table de la cuisine pour faire les vêtements de la famille. Elle m'a avoué avoir un peu de mal quand elle entends des jeunes se plaindre au moindre bobo ou surcharge de travail. C'est compréhensible car même si elle ne regrette aucunement les journées de forçat, elle a vécu jusqu'à sa retraite à travers le travail et sait ce que bosser à l'excès veut dire. Pas le temps de se reposer ni de se plaindre, il fallait avancer. Pas de loisirs, d'oisiveté.

Bref, je me rends compte que malgré les envies de vie simple, de production autarcique, de fait- maison, je ne pourrais pas avoir cette vie. J'ai besoin de repos, de temps avec les miens,  bref, d'un équilibre. J'ai des souvenirs merveilleux de la ferme mais ma vision d'enfant a occulté certaines réalités. 

Ceci étant, ce livre est aussi pour moi un moteur pour me bouger un peu plus, ne pas appesantir sur  la fatigue et motive pour relever ses manches devant le boulot que le lieu-dit nous offre.